France, entends tes enfants ! Ils se mettent en marche. Ils sont vêtus de gilets jaunes.

Le mépris, l'indifférence, l'expression d'une arrogance affichée, ne sied plus aux français, A ces français qui construisent chaque jour ce qui faisait de la France un grand pays. Ce pays était grand lorsque le sentiment patriotique s'exprimait ouvertement et sans retenue. Ce pays était grand quand chaque ouvrier, chaque homme et chaque femme était fier de contribuer à la richesse nationale. La rupture entre le peuple et la classe politique est consommée. La classe politique, cette caste protégée qui s'est arrogée les moyens de se protéger par des lois qu'elle a pris soin d’écrire elle-même pour en tirer tous les profits, doit-elle être qualifiée d'"Elite" ?? Élite de quoi ? Une élite c'est d'abord et selon le dictionnaire, "des personnes qui par leur valeur, occupent le premier rang". Nous sommes tous des gens de valeur, chacun à notre niveau. Un mandat électorale suffit-il à un élu pour se prétendre supérieur au peuple qu'il est censé servir, ou bien ce dernier doit-il démontrer, d'abord, qu'il est digne d'une telle confiance et accéder à une valeur qui le démarquera mais qui n'en fera pas pour autant un homme au-dessus des hommes ?
 Les révoltes, les révolutions, sont toujours l'expression d'une douleur émergeant des profondeurs d'une société malade, symptomatiquement en rupture dans ses équilibres sociaux. La France, ce magnifique pays, sombre depuis au moins quarante ans dans une fracture d'abord insidieuse, telle une fente s'ouvrant sur un mur sans que personne ne s'en inquiète au préalable. Seulement la fissure a fait son chemin, car rien n'a été fait pour s'intéresser à ses causes. Les cerfs se révoltaient contre leur seigneur lorsque la famine commençait à décimer les villages miséreux. La famine... Celle de 1789 aussi. Comment est-il possible qu'aujourd'hui elle puisse, en partie, être un déclencheur d'un mouvement social de très grande ampleur (soutenue par 78% de la population). Car oui, nous sommes en 2018, oui il s'agit bien de l'expression de la misère de la plus grande part du peuple français. Je sais, ça fait mal à un peuple connu comme outrageusement orgueilleux, arrogant et souvent mal aimé à l'étranger, n'en déplaise à certains. Comme toujours, ce peuple est aussi une sorte de baromètre. En effet, on est loin du grand bonheur affiché sur les visages de milliers de personnes se ruant dans les bouchons de l'entrée des stations de ski ou sur les routes de bord de mer l'été et que des citoyens d'autres pays européens ou de bien plus loin, regardent avec envie sur les chaînes retransmises par satellite. Les gilets jaunes disent STOP ! Stop à cette belle image de façade. Le rideau se tire sur la scène de ce théâtre où les acteurs de second plan refusent de continuer le cirque, la mascarade du faux bonheur. Les artistes s'expriment enfin, mais au risque de choquer, je me permets de faire remarquer que ces premiers soutiens médiatiques sont tous des français qui ont au cœur de la considération émue pour leurs origines populaires françaises. Tous savent d'où ils viennent et ils ne l'ont pas oublié. Le gilet jaune ce n'est pas qu'un simple outil de reconnaissance, c'est devenue une bannière et elle restera dans l'Histoire. Le regard du monde est pointé sur notre pays. Les médias étrangers regardent avec inquiétude et aussi une certaine compassion ce mouvement populaire apolitique, vierge de tout logo de parti ou de syndicats. Selon un excellent analyste brésilien, cette révolte du peuple français est parfaitement comparable aux grèves dures du Brésil en 2013 et qui a été le déclencheur du résultat des dernières élections présidentielles, ras de marée populiste, aussi en Espagne ou en Italie, car selon cet analyste la montée en puissance de politiques alternatives est toujours née d'un mouvement de cette ampleur. Pour lui, ce qui se passe aujourd'hui en France, fera de la France de demain un autre pays. Le populisme, ce terme tant décrié. Et pourquoi l'est-il ? Le peuple, la population, populaire... Le populisme c'est peut-être l'expression d'un pays qui sait écouter son peuple.
Peu importe les chiffres ! Comptabiliser les gilets jaunes est une perte de temps et devient ridicule. Car c'est le peuple qui compte et lui seul. Et ce dernier soutient le mouvement à presque 80%. Cela devrait suffire aux pinailleurs, aux coupeurs de chevaux en quatre. Ce soutien aura bien évidemment des conséquences dans les urnes. Le temps des apparences est terminé. La réalité surgit des campagnes, éclaboussant de spontanéité, mettant en lumière le vrai visage d'une population qui souffre et que l'on masque derrière un Paris clinquant. La France ce n'est pas que Paris. Il est plus que temps de s'en souvenir.
Renaud Hadef

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